11 juin 2016

PAUL TRIGALET, LE CHEVALIER DES PRÉCAIRES

Paul Trigalet, le chevalier des précaires

Bernard Ide publie la biographie du prêtre-ouvrier carolo, militant du logement, qui s’appuie sur les plus faibles pour changer le monde.

Marcel Leroy

Pour les quatre-vingt ans de Paul Trigalet, le fondateur de Solidarités Nouvelles, des témoins de son parcours avaient rallié le jardin prolongeant la maison de Karin La Meir, à Jumet.

 

José Garcia et Paul Trigalet Photo © DR
José Garcia et Paul Trigalet Photo © DR

Avant de trinquer à la santé du militant du logement, Bernard Ide, auteur d’une biographie intitulée “Le journal de Paul Trigalet”, salua chaleureusement le héros du jour. Dans sa réponse, Paul, comme toujours, revint sur la nécessité de continuer la lutte pour aider les plus démunis, les précaires. En réalité, Trigalet se moque des années. Elles ne sont pour lui que le terreau d’expériences, de rencontres et de combats permettant de mieux résister au rouleau compresseur de l’économie sauvage de ces années-ci, où l’humain passe toujours après l’argent et le pouvoir.

Toute l’existence de Paul Trigalet aura été vouée à la défense des opprimés.Ce parcours a été reconstitué par Bernard Ide, dans un livre précis, clair, tonique, engagé, honnête et soigneusement illustré. En couverture, un dessin de Karin montre Paul, haut-parleur à la main, plaidant pour les sans-abri. Ce prêtre-ouvrier carolo est toujours en campagne quand il s’agit de tendre la main à l’autre. Il ne craint pas d’affronter le pouvoir, de dire les choses, toujours avec politesse, fermeté et détermination, et, parfois ce sourire chaleureux qui emballe tout. C’est que Trigalet le militant syndical, rebelle et chevaleresque, est aussi un vrai diplomate. Le bourgmestre Paul Magnette et le président du CPAS de Charleroi, qui participaient à cet anniversaire, en témoignaient.

Pour tracer le portrait de Paul, l’auteur a donné la parole à des personnes qui l’ont accompagné ou croisé à divers moments de son existence.

Né à Monceau-sur-Sambre en 1934, Paul Trigalet est devenu vicaire à Jumet-Gohyssart en 1959. Deux ans plus tard, il créa la maison des jeunes où une génération refit le monde et vécut une vraie solidarité. Installé à l’allée Verte en 1968, Paul devint prêtre-ouvrier en bossant chez Goffart, à Monceau-sur-Sambre. Manoeuvre en sidérurgie, il vivait avec les ouvriers. En 1973 il créait la Fédération Nationale des Habitants de Cités, puis entra chez Dassault, à Gosselies, où il devint délégué FGTB et opéra ensuite dans une cellule de reconversion. En 1980, il acheta une masure en France, à la frontière, près d’Hirson, et la retapa avec une belle équipe pour que des précaires puissent partir en vacances.

Des années plus loin, en 1993, ce fut le début de l’aventure de Solidarités Nouvelles puis la création de “Comme chez nous”. Trigalet défend l’idée d’une solidarité chaude, c’est-à-dire vécue, partagée.Son leitmotiv? “Je suis convaincu que si on implique les gens en difficulté – même et surtout les plus précaires -, dans le processus de décision qui les concerne, on augmente leur chance de retrouver une certaine dignité et d’être incités à devenir de véritables partenaires”. Il aura été de tous les combats pour le logement, y compris au niveau national, défendant les expulsés des Marolles, des campings et autres points de chute. Impossible pour lui de vivre en paix en sachant que des humains n’ont pas de toit. Face à cette réalité que d’aucuns voudraient ignorer, il porte le fer dans la plaie, interpelle, dérange, persévère quand on chercherait à le noyer d’arguments raisonnables.

Certains parlent de Trigalet comme d’un abbé Pierre carolo. Loin de se prendre pour le bon dieu, le prêtre-ouvrier, en jeans, à vélo ou en 2 chevaux, a toujours été un homme tolérant, ouvert et heureux dans la rue, dans le quartier, dans les usines ou les rencontres fraternelles.

Aussi, après avoir évoqué le livre consacré à un grand monsieur que tout le monde aime bien, Bernard Ide a-t-il, l’autre jour, demandé à Roudoudou, qui fut un des musiciens du groupe GAM (avec notamment Karin, le hasard n’existe pas...), de lancer l’air du “Temps des Cerises”. Paul a chanté en choeur avec l’assemblée. La chanson de la commune de Paris, il l’a chevillée au coeur.Car elle porte la révolte et l’amitié et, sans doute aussi, cette tendresse que le rebelle ne reniera jamais.


 

Info: Bernard Ide, “Le journal de Paul Trigalet”.82 pages.
Plus d'infos: bernard.ide@telenet.be

0477/899 363

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