27 septembre 2015

LA CROISADE DES SANS-ABRI 1994

LA CROISADE DES SANS-ABRI FAIT TOMBER LES MURS DE L’INDIFFÉRENCE

LES SDF SUR LA VOIE DE LA RECONNAISSANCE

CLAEYS,JANINE

LE SOIR Page 21

Mercredi 14 décembre 1994

La Croisade des sans-abri fait tomber les murs de l'indifférence

Les SDF sur la voie de la reconnaissance

Les sans-abri obtiennent un soutien formel de la part du ministre Gosuin: il les aidera à retrouver leur identité, un minimex et leur fierté.

Auderghem, dixième des dix-neuf communes bruxelloises à recevoir la «Croisade des SDF». La commune dans laquelle ces sans domicile fixe et leur tente ont été particulièrement bien reçus, au point qu'Alain Siénart, délégué des Compagnons du partage, s'est écrié devant SDF, représentants des organisations sociales, presse:

- Merci, Monsieur Gosuin, c'est formidable!

En effet, le leader auderghemois, qui est aussi ministre bruxellois du logement et de l'aide aux personnes, avait offert aux SDF, pour s'exprimer, le toit de son Centre culturel, et leur a promis son soutien après avoir écouté leurs revendications.

Depuis la fin du mois d'août, quand ils ont commencé leur croisade à Bruxelles-ville, de l'eau a coulé sous les ponts, et, surtout, les SDF se sont organisés, recevant l'appui d'organisations comme le Syndicat des locataires, Solidarité nouvelle et d'autres. Surtout, ils ont précisé leurs buts, à savoir l'obtention des droits fondamentaux des sans-abri, «c'est-à-dire: l'octroi du minimum vital avant même d'avoir un logement; le droit aux soins de santé; l'application de la réglementation relative à la réquisition d'immeubles vides».

Ils ont déjà remporté quelques succès particuliers, ainsi que la promesse par le ministre Sant-kin, responsable des Affaires sociales, d'une Table ronde avec d'autres associations luttant pour le droit au logement. Ils veulent, maintenant, que l'on s'attaque à la base du problème: le sans-abri - souvent mis à la porte de son logement parce qu'il ne sait plus le payer - ne peut plus perdre l'ensemble de ses droits de citoyenneté sous prétexte qu'il «n'existe plus», il doit pouvoir conserver une carte d'identité...

PROBLÈME D'ARGENT

Comment en est-on arrivé là? Le ministre Gosuin a révélé que le rapport de pauvreté 94 dévoilait quelque 30 % de Bruxellois vivant dans un état de pauvreté, et 30 % de plus prêts à y tomber. L'augmentation avance à grands pas. Et la plupart des minimexés (s'adressant donc aux CPAS) sont des exclus de services nationaux (chômage notamment). L'État fédéral se décharge ainsi sur les CPAS: dans les dix-neuf communes bruxelloises, les CPAS ont octroyé en 1993 4,3 milliards en minimex et aide sociale, dont l'Etat leur en a remboursé 64,5 %. Reste... 1,5 milliard. Qu'ils n'ont pas.

Parmi les nombreuses propositions avancées par le ministre Gosuin, relevons une législation obligeant les propriétaires d'immeubles inoccupés (il en existe 30.000 à Bruxelles, d'après José Garcia, du Syndicat des locataires, dont 5.000 pourraient être occupés du jour au lendemain) à louer leurs biens et à les mettre à la disposition des sans-abri. Une proposition a été déposée dans ce sens au Sénat par le sénateur Desmedt, mais elle semble bloquée. Aussi le ministre espère-t-il la «pousser» vers la Chambre. Il compte rendre plus difficile, via une ordonnance régionale, l'exonération des immeubles inoccupés. Le ministre a encore annoncé l'ouverture d'un second asile de nuit, et, à la demande des SDF, il tentera d'organiser une maison communautaire.

ON SE REJETTE LA BALLE

Par ailleurs, José Garcia demande à Mme Onkelinx, présidente de l'exécutif de la Communauté française, de céder aux sans-abri la propriété du château de la Solitude d'Auderghem, qui deviendrait... le château de la solidarité! Il propose d'obliger les banques et les investisseurs institutionnels à consacrer 1 % de leurs investissements au logement à caractère social.

Mais pourquoi les SDF critiquent-ils l'éventualité d'un registre national des sans-abri (proposé par les présidents de CPAS bruxellois), destiné à éviter qu'un SDF ne puisse sonner à plus d'une porte? Alain Siénart de même que José Garcia semblent préférer les registres communaux, craignant que chacun ne se rejette la balle.

- Comment voulez-vous, s'écrie un SDF, que nous obtenions un minimex de deux côtés alors que nous n'y arrivons même pas d'un seul côté?

Précisons enfin que certaines villes, Anvers et Gand notamment, appliquent la loi Onkelinx d'octroi du minimum vital avant même d'avoir un logement... et que cela marche bien!

Mardi, les SDF menant campagne, qui ont trouvé la force dans leur lutte commune, ont présenté leur drapeau: SDF est noté en blanc sur fond bleu, avec des étoiles rouges.

JANINE CLAEYS

22 septembre 2015

BARCELONE SANCTIONNE LES BANQUES

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Ada Colau, ancienne militante de gauche en faveur des sans logis, élue maire de Barcelone en mai 2015, n’a pas renoncé à ses idéaux - Emilio Morenatti/AP/SIPA
 
 
 Ça se passe en Europe : Barcelone sanctionne les banques

La mairie de la capitale catalane a imposé douze amendes de 5.000 euros chacune à des banques pour avoir gardé vides des appartements pendant plus de deux ans des appartements.

 

Qui a dit que le pouvoir corrompt ? Ada Colau, ancienne militante de la Plate-forme des victimes de l’hypothèque (PAH), association qui luttait contre les expulsions de logements, n’a pas renoncé à ses idéaux en devenant maire de Barcelone en mai dernier. La nouvelle maire a fait de la crise du logement une priorité de son mandat. Et les premiers effets commencent à s’en faire sentir. La mairie de la capitale catalane a ainsi imposé douze amendes de 5.000 euros chacune à des banques pour avoir gardé vides pendant plus de deux ans des appartements leur appartenant, au lieu de les louer. D’autres amendes pourraient encore tomber, la mairie ayant annoncé qu’elle devait encore étudier 62 dossiers.

Ces sanctions, les premières du genre à Barcelone, sont le résultat d’un plan d’inspection lancé par l’ancien maire l’an dernier sous la pression, précisément, de la PAH, l’association d’Ada Colau. La possibilité de pénaliser le maintien de logements vides remonte, elle, à une réglementation régionale datant de 2007, mais qui n’avait pas été utilisée à Barcelone.

Ada Colau a expliqué mercredi que « l’obligation de tout responsable public est d’utiliser toutes les ressources possibles pour faire face à l’urgence du logement », rapporte « El País ». Pendant la crise, les expulsions de logement se sont multipliées en Espagne, provoquant l’indignation de la population. L’ancienne activiste a en outre annoncé de nouvelles mesures afin de freiner les expulsions, parmi lesquelles une augmentation des aides au loyer.