04 juillet 2009

Les Mal-Logés dans la rue

Les Mal-Logés dans la rue pour un théâtre militant

Logement | Aux Pâquis, samedi, des défenseurs du droit au logement sont montés sur les planches.

© PIERRE ALBOUY | Messieurs Requin et Rapace se partagent la ville. L’Assemblée des Mals-Logés a créé et joué, ici rue de Zurich, un spectacle de quinze minutes dont le message et la toile de fond sont la spéculation immobilière à Genève et ses conséquences sur le logement.


ESTELLE LUCIEN | 29.06.2009 | 00:00

«Même moi, j’ai compris», lance la vieille dame. Qu’a-t-elle compris? Qu’elle était peut-être victime de la spéculation immobilière. Et comment cette évidence lui est-elle apparue? Dans la rue, alors qu’elle s’en revenait de ses emplettes ce samedi aux Pâquis. La bienheureuse a été intriguée par un drôle de spectacle.

Des hommes en noir et des femmes en rouge avaient quadrillé le pavé avec des rubans de chantier. Installation de fortune pour une scène éphémère. En quelques minutes seulement, cette étrange petite troupe a réuni autour d’elle un public d’abord surpris, ensuite intéressé et finalement convaincu. Des passants, mais aussi quelques habitants des immeubles alentour, ont ouvert oreilles et fenêtres.

Des comédiens démasqués

C’est qu’à l’instar de notre petite dame, chacun a bien vite compris la nature du drame qui se jouait là. Les répliques étaient sans équivoque: «On déplacera en cambrousse des immeubles M-Budget», lance un des personnages masqué d’un très long bec. «Mais je suis chez moi!» se désole un autre, forcé de fermer son parapluie et de quitter la scène. «Certains se résignèrent, d’autres prirent le risque de se révolter. La solidarité est la tendresse des peuples», enchaîne enfin le narrateur. En quelques dialogues, le sujet de la pièce est posé et les comédiens démasqués.

Car ces baladins d’un jour sont aussi des militants réunis sous l’Assemblée des Mal-Logés (http://geneve.mal-loges.ch). Ce mouvement, créé en octobre 2007, dénonce la spéculation immobilière et défend le droit au logement pour tous. «Nous avons cherché à toucher la population d’une autre manière que par des tracts», souligne Manouche, du collectif.

Il aura fallu six ou sept répétitions de deux heures pour créer cette pièce, qui dès le départ plante le décor. «Au début était la terre», explique le conteur.

Les acteurs s’installent sous des parapluies, symboles d’un toit protecteur. Mais entrent en scène Messieurs Requin et Rapace. Une craie à la main, ils dessinent les contours d’un territoire qu’ils établissent comme leur propriété et dont ils réclament un loyer. Les locataires sont petit à petit remplacés par des ballons colorés et tatoués: boutique de luxe, fitness, banques. Requin et Rapace se frottent alors les mains sur le plan de la ville.

La saynète est volontairement caricaturale, la formule incitatrice. À la fin du spectacle, le public est invité à crever tous les ballons. «Ceci pour dire que tout citoyen est apte à résister», explique Manouche.

Le décor replié, les Mal-Logés tombent le masque et engagent la discussion avec les habitants du quartier. «Ils ont raison, reconnaît l’un d’entre eux,
Gérard, 40 ans. Les loyers augmentent, alors que les taux hypothécaires n’ont jamais été aussi bas.»

«Le théâtre de rue ouvre une disponibilité non agressive, c’est une forme aimable d’interpeller les gens», explique Bruno, militant et comédien. Le théâtre a un rôle de passeur d’histoire. Et cette histoire, c’est celle des gens.»

Ce samedi, la troupe des Mal-Logés aura donné quatre représentations de son spectacle. C’est exactement le nombre de procédures d’expulsion de locataires qui sont engagées chaque jour à Genève. Mais là, ce n’est plus du théâtre.

 

 

16:49 Écrit par SYNDICAT DES LOCATAIRES TEL: 02/522 98 69 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actions de locataires en france, droit au logement |  Facebook |  Imprimer |

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